Éditions GOPE, 190 pages, 12 x 20 cm, 17.85€, ISBN 979-10-91328-63-0

mardi 22 janvier 2013

Regards croisés sur le Cambodge d’aujourd’hui




Si nous sommes largement pourvus en langue française de guides introductifs sur la Thaïlande : Les liens qui unissent les thaïs, La Thaïlande des Thaïlandais, Thaïlande : histoire, société, culture... il n’existe curieusement pas d’équivalent sur le Cambodge, alors que la production éditoriale française sur le pays khmer est autrement conséquente.

Les jeunes éditions Tuk-Tuk comblent cette lacune avec la publication en octobre 2012 de ce court et précieux guide.  Les journalistes Fréderic Amat et Jérôme Morinière ont fait appel à 9 spécialistes reconnus du Cambodge – démarche propre aux publications en sciences sociales plus académiques et ambitieuses (on songe en l’occurrence à la monographie de l’Irasec (Institut de recherche sur l’Asie du Sud-Est)  Cambodge contemporain) – qui se caractérisent par leur attachement profond au pays et la variété de leurs champs d’expertise : des personnalités incontournables : le père François Ponchaud et l’historien David Chandler qui connurent tous deux le Cambodge dès les années 60 ; des spécialistes français qui font autorité : ainsi l’ethnologue Fabienne Luco ou l’archéologue Pascal Royère ; des Cambodgiens en charge de dossiers spécifiques et qui apportent un regard indispensable sur leur pays, Pung Kek pour les droits de l’homme et… de la femme, Prim Phloeun sur la situation de la culture. 

Ce beau panel répond de façon dynamique, pertinente, sans langue de bois à cette centaine de questions  sur le Cambodge, ce qui devrait nous assurer « d‘arriver dans le pays moins ignorants ou d’en repartir mieux renseignés ». Chaque chapitre s’achève par la reprise d’un article savoureux en relation avec le sujet rédigé par Fréderic Amat dans feu Cambodge Soir Hebdo… ce qui ajoute une note d’impertinence à ce petit guide vivant et instructif. 

Un beau coup éditorial  d’autant que l’écueil fréquent de ce type d’ouvrages qui donnent trop souvent une vision statique, « essentialiste », folklorique des pays aura été parfaitement contourné grâce à ces regards croisés : c’est au contraire toutes les tensions qui agitent une société traditionnelle qui entre à marche forcée dans la modernisation et la mondialisation qui sont fréquemment abordées. Les connaisseurs de la Thaïlande établiront de judicieux rapprochements avec des étapes antérieures du « développement » thaïlandais, mais la spécificité de l’histoire cambodgienne, marquée par la colonisation, trente années de guerre civile et un génocide, ne permet pas d’appliquer un comparatisme trop strict malgré les proximités culturelles et sociétales des deux pays voisins. 

Olivier Jeandel, libraire à Phnom Penh et Bangkok
Article paru dans Gavroche-Thaïlande, N°218 – Décembre 2012

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